Le transhumanisme au service de l’Homme

« Le rêve de l'homme augmenté est celui d'un homme diminué, et content de l'être. Il se projette en cyborg pour se dispenser de devenir humain. Il veut une intelligence artificielle parce qu'il n'a pas commencé à penser. Il est fasciné par le futur parce qu'il ne sait pas s'émerveiller devant le premier venu — devant l'événement d'une naissance.»

Fabrice Hadjadj « De la croissance à la croix, contre une immaturité sans fin », Fabrice Hadjadj, revue Limite, nº 1, Septembre 2015, p. 5

« Depuis quelques temps, un grand nombre de recherches scientifiques s'efforcent de rendre la vie « artificielle » elle aussi, et de couper le lien qui maintient encore l'homme parmi les enfants de la nature. C'est le même désir d'échapper à l'emprisonnement terrestre qui se manifeste dans les essais de création en éprouvette, dans le vœu de combiner « au microscope le plasma germinal provenant de personnes aux qualités garanties, afin de produire des êtres supérieurs » et de « modifier leurs tailles, formes et fonction » ; et je soupçonne que l'envie d'échapper à la condition humaine expliquerait aussi l'espoir de prolonger la durée de l'existence fort au-delà de cent ans, limite jusqu'ici admise. Cet homme futur, que les savants produiront, nous disent-ils, en un siècle pas davantage, paraît en proie à la révolte contre l'existence humaine telle qu'elle est donnée en cadeau venu de nulle part (laïquement parlant) et qu'il veut pour ainsi dire « échanger contre un ouvrage de ses propres mains ».

Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, 1958

«Dans la société post-humaniste, la conception de l'homme aura changé et il n'y aura plus de place pour les handicapés ni pour les faibles d'esprit ou de corps, plus de place pour les « sous-hommes », insuffisamment performants. Toujours la même histoire, l'hubris dénoncée par les Grecs, l'orgueil monstrueux. Le post-humanisme prépare la fin de toutes les charités. Au nom d'un monde meilleur, le meilleur des mondes.»

Philippe De Villiers, "Le moment est venu de dire ce que j'ai vu," éd. Albin Michel, 2015, p. 277

Les nouvelles technologies peuvent venir au service de l’Homme, en voici quelques exemples :

En 2013, Calico (aujourd’hui filiale d’Alphabet au même titre que Google) est créée pour se spécialiser dans la recherche en biotechnologies avec le but avoué de lutter contre le vieillissement en augmentant l’espérance de vie de vingt ans. Bien que peu prolixe sur son activité, son enveloppe d’1,5 milliards de dollars est financée pour moitié par Alphabet et pour moitié par AbbVie, entreprise américaine de recherche pharmaceutique.

Le conglomérat Alphabet (créé en 2015) détient aussi Verily (créée également en 2015 et financée aussi à hauteur de 800 millions de dollars par le fonds souverain singapourien Temasek), qui tente depuis 2014 d’établir le portrait génétique type d’un individu en bonne santé, pour identifier les biomarqueurs permettant de détecter plus rapidement les maladies. Dans le domaine génétique, l’on peut citer aussi la première tentative de manipulation génétique sur 86 embryons humains réalisée le 18 avril 2015 par l’équipe de Junju Huang, généticien de l’Université Sun Yat-Sen dans la province du Guangdong, en Chine. Selon Hugo Jalinière, journaliste chez Sciences et Avenir, ce serait le « premier cas concret fait en direction d’une intervention génétique de l’homme sur l’homme, et ce avant la naissance ».

L’expérience avait pour but de modifier le gène responsable d’une maladie génétique du sang très rare, la bêta-thalassémie (anémie de Cooley), par le biais d’une technique mise au point en 2012 par Emmanuelle Charpentier, chercheuse française. Cette technique, CRISPR/Cas9, consiste à « programmer une protéine capable de couper l’ADN pour permettre de modifier de façon spécifique et à un endroit très précis le génome ».

L’idée, reprise par le courant transhumaniste dans l’utilisation des progrès de la génétique pour améliorer l’Homme et le renforcer face aux aléas indésirables de la vie (maladie, handicap, vieillesse, mort), est de pouvoir cibler n’importe quel gène pour le modifier, le réparer, l’enlever…et supprimer ainsi les maladies qu’il aurait pu développer plus tard, et ce avant la naissance.

Bien que l’expérience fut menée sur des embryons non-viables, selon l’équipe de Junju Huang, et bien qu’elle fut un demi-échec (seuls 71 embryons ont survécu et 28 seulement ont pu être génétiquement modifiés), le cas relance bien évidemment la question de l’eugénisme, dont la possibilité scientifique devient de plus en plus réelle.

Et quand bien même le transhumanisme ne souhaite pas, par définition, éradiquer une population plutôt qu’une autre, mais simplement délivrer l’Homme des souffrances de sa condition physique, les dérives de la science en la matière ne sont pas à minimiser à la légère.

Comme souvent, l’art nous illustre les dangers potentiels futurs d’une telle technique mal maîtrisée, avec le film Bienvenue à Gattaca (1997, de Andrew Niccol), où l’Homme peut choisir le profil génétique de ses enfants avant leur naissance, pour qu’ils aient le moins de défauts et le plus d’avantages possibles.

Toutefois, l’on peut compter sur la législation française, communautaire et européenne, en matière de bioéthique, santé et recherche scientifique, pour se garder de telles dérives.

« La chirurgie esthétique est déjà une forme de transhumanisme »

La question se pose alors de savoir si même la chirurgie esthétique n’est pas déjà une forme de transhumanisme, lorsqu’elle n’a pas de but purement thérapeutique ou réparatrice… En tout état de cause, et selon Luc Ferry, lorsqu’il s’agit « de réparer les gènes défectueux dans l’embryon, il serait bien difficile de s’y opposer, et ce pour une raison assez simple, c’est qu’il n’y aurait en vérité guère de motif raisonnable de le faire ».

S’ils posent des questions éthiques complexes, les enjeux du transhumanisme, dont l’un des visages peut être la manipulation génétique, ne permettent donc pas de position « pour ou contre », de solutions « en termes binaires », pour la simple et bonne raison que « Les progrès des sciences peuvent avoir des retombées réellement admirables, comme des conséquences effroyables ». C’est au droit de poser les limites de l’acceptable, et certainement, la lutte contre les maladies se situe en deçà des limites.

« Le droit et l’éthique comme ligne de partage »

Le droit et l’éthique apparaissent alors, comme le résumerait Luc Ferry, comme « la ligne de partage (…) [entre] d’un côté les réalités, ou à tout le moins les projets, authentiquement scientifiques et, de l’autre, les idéologies, parfois détestables, voire effroyables, qui les accompagnent ». De retour dans le présent, Verily travaille également avec l’entreprise pharmaceutique française Sanofi sur des lentilles de contact à destination des diabétiques, dotées d’une électronique miniaturisée capable de mesurer leur glycémie et de la transmettre à un appareil connecté (tablette, smartphone…). Avec Sanofi, Verily a également créé la société Onduo en 2016 pour produire des outils d’aide aux diabétiques. Enfin, avec GlaxoSmithKline, industrie pharmaceutique et multinationale britannique avec qui elle a créé une autre société, Verily développe et commercialise des produits bioélectroniques destinés à lutter contre l’asthme et le diabète. Citons également l’exemple de la puce électronique placée derrière la rétine du malade atteint de la rétinite pigmentaire, une maladie génétique dégénérative qui rend peu à peu aveugles les personnes qui en sont atteintes. La puce, alimentée par une batterie externe placée derrière l’oreille (développée par Retina Implant, entreprise allemande), capte la lumière, la convertit en signal électronique et transmet ce dernier au nerf optique.

Selon Luc Ferry, cet exemple met en exergue le caractère flou de la différence entre le thérapeutique et l’augmentation transhumaine : « au point de départ, il s’agit certes de guérir une pathologie, mais à l’arrivée, on a affaire à une hybridation homme/machine ».

La symbiose homme-machine est d’ailleurs au cœur de l’actualité avec le projet de la société Neuralink, fondée en 2016 sous l’impulsion du milliardaire Elon Musk. Cette dernière ambitionne de connecter le cerveau humain à l’intelligence artificielle, via des applications déjà bien avancées dans cette direction, telle que la puce TrueNorth développée par IBM, émulant les capacités du cerveau humain par ses capacités d’apprentissage deep-learning.

L’idée de la société Neuralink est de synchroniser la machine avec les neurones pour permettre une transmission d’informations entre les deux.

Une première application s’observe d’ores et déjà en la personne du jeune Brésilien paraplégique qui avait lancé le coup d’envoi de la Coupe du monde de football de 2014. Celui-ci était équipé d’un exosquelette contrôlé par la pensée, en ce que l’interface homme-machine exploite les fonctions du cortex moteur (par lequel on lève une jambe).

Une seconde application future serait un système permettant de pallier les pertes cognitives dues à une attaque, lésion ou prédisposition génétique. Elon Musk estime que cette interface ne serait cependant pas disponible avant une dizaine d’années.

Concrètement, l’interface de Neuralink se positionnerait en troisième couche au-dessus du système limbique et du cortex. Cette connexion homme-machine permettrait également un échange d’informations dans l’autre sens, de la machine à l’homme, d’ici 2034.

Mais si la première application est vue comme la promesse d’une sorte de télépathie, l’on peut également craindre l’envoi d’informations dont on n’aurait pas nécessairement conscience, au risque de dévoiler sa vie privée sans le vouloir. De plus, la connexion à double sens fait craindre des risques de bugs ou d’attaque informatique directement dans le cerveau humain.

Pour l’instant, cependant, Google semble dominer le marché de la recherche transhumaniste, mais Apple commence aussi à la concurrencer avec son iWatch qui mesure les variables de santé, tout en étant encore très loin de pouvoir s’y opposer comme un adversaire de taille.

En conséquence, la question se pose souvent de savoir si un droit spécifique doit être créé pour réguler ces domaines. Partant du principe que rien ne se crée ex nihilo et que le droit s’adapte continuellement aux progrès de l’Homme, la législation et règlementation existantes peuvent parfaitement être adaptées à la convergence de toutes ces activités. Du moins est-ce le cas en droit communautaire et européen.

En effet, le corpus juridique européen peut tout autant servir de rempart contre les risques d’atteintes à l’Homme par les nouvelles technologies, comme il le réalise déjà, que de soutien à l’avènement harmonieux du transhumanisme.

Expert depuis plus de vingt ans dans les NTIC et l’e-santé, le Cabinet Haas s’engage dans le procès du transhumanisme et est à votre disposition pour vous conseiller dans ces domaines.

Pour plus d’informations, contactez-nous ici.

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